« ça déchire ta langue et ça te sauve »

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DES ERRANTES, éditions LansKine, avril 2024

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LECTURE A LA MAISON DE LA POESIE – SCENE LITTERAIRE DE PARIS LE 8 JUIN 2024 A 20H30

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FALAISE AU VENTRE, éditions LansKine, avril 2023

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Le corps est-il un paysage habité ? Existe-t-il un paysage qui corresponde au corps que l’on habite ? En incarnant la falaise, de ses effondrements à ses plis et ses replis, de sa force verticale à ses failles et ses effondrements, l’auteure interroge la possibilité d’habiter et de dire encore le monde. Cette Terre qui nous porte et se désagrège, dans une perte progressive de repères, nous permet-elle d’accoucher encore de mots ? Entre mythologie, biologie cellulaire et géologie, toutes espèces côtoyées et confondantes, c’est tout un corpus de mondes convoqués qui entrent en résonance. Falaise au ventre ou la mutation d’un monde, d’un corps, d’une langue pour rester vivants.

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Lecture de Pierre-Yves Soucy dans la revue Europe, mai 2023

PIERRE-YVES SOUCY

Sur Falaise au ventre de Maud Thiria

Parole poétique portée par l’attention, et par de la proximité soutenue

cette fois par la mémoire sous l’effet d’un retour au pays, une mémoire

chargée par les sédiments des mots, et par leur transparence. Cette

parole vient inscrire le rapport de la langue au monde saisi à travers le

parcours simultané de ses falaises offertes à la mer depuis les brèches

ouvertes par le trajet du sang dans les artères, et dont le corps incarne le

premier pays, le lieu le plus sensible de toute expérience. Cette suite

poétique de Maud Thiria se trouve attachée à cette fluidité indécidable,

bien qu’irrécusable, entre chair et monde. Elle s’enlace à cette

médiation au point de la révéler inépuisable ; alors que l’auteure

n’hésite pas devant le resserrement de chacun des fragments qui la

compose, chacun fait de peu de mots, offrant ainsi dans l’espace du

poème une maturation autant qu’une tension farouchement ajustées au

sensible.

L’ensemble de cette suite poétique, discrète et lumineuse à la fois,

déploie une cohérence aussi bien de ton, d’atmosphère, que de sens. La

lecture de ces poésies demande une grande attention, pour ne pas dire,

une lenteur qui serait de l’ordre d’une méditation sur la parole qui

s’avance, non à tâtons, mais par strates, par progression, poussée vers

l’ouvert, cherchant ses points d’appui. Elle fait ainsi du corps, au sens

fort du terme, le lieu qui donne vie et offre à la parole son assise, et son

point d’émergence. À chaque poème ce lieu est reconfiguré, regardé

sous un angle inédit. Alors que l’adresse est bien celle de l’auteure à

soi-même, à son corps, mais qui ne va pas sans rejoindre son lecteur.

Mais selon une distance, un écart en apparence considérable,

certainement nécessaire, quelque chose qui serait de l’ordre de l’accueil

de soi, de ses blessures, sans complaisance aucune, un lieu envahit par

le monde, part tout ce qui le compose et qui est rencontré, à commencer

par ses éléments naturels, trouvant les motifs vifs et solitaire d’où la

parole peut surgir. Ainsi, de tes sanglots vient la mer / tu pleures en elle

depuis si longtemps. L’effervescence de ces seuls vers s’accorde à l’ici

et au maintenant. Ils éprouvent leur validité pour tout temps vécus et à

vivre, porteurs qu’ils sont du désir d’être entière face / à la mer.

Ce corps n’est pas simplement donné, il se sera construit sous le

cumul de toute expérience faite, sa genèse témoigne de sa présence, sa

mémoire dessine les frontières de la peau recouvrant l’argile, se

construisant dans le rapport à tout ce qui sera rencontré : où te faire une

peau // une peau d’où parler. Du moins est-ce ainsi qu’il est possible

non seulement de recevoir ce qui est dit, mais tout autant de s’y trouver

impliqué comme d’une réception de traces dans lesquelles le lecteur

pourrait concevoir les avoir tracés lui-même. Tout du corps empiète sur

la parole et sur ce qu’elle évoque, tout le sensible donnant sens à lui-même,

que la médiation de la parole assigne dans un mouvement

producteur de sens au moment où la parole poétique fait face à de

l’inassignable. De sorte que le paysage devient ce paysage né de langue,

paysage fait de terre et de mer, et qui est flux que rien n’arrête.

D’apparence rugueuse, ce qui est évoqué atteint une sensibilité à venir,

voire une sensualité métaphorique qui mobilise tout pour s’ouvrir sur

elle-même. Cette poésie sculpte le langage en même temps qu’elle se

rive au corps et au monde. Elle s’accapare simultanément de l’un et de

l’autre comme pour faire voir et sentir qu’elle relève inexorablement de

cette chair et peau-là, tout ce qui, par la médiation de l’écriture, aura été

et est à l’instant vécu : tout mot porte la fissure de toi / de l’antre du

monde en toi, peut-on y lire encore.

Comment parvenir à entretenir une telle proximité entre les mots et

tout ce dont on cherche à se saisir à travers eux ? Tout ce vers quoi la

parole poétique de Maud Thiria se porte ne semble jamais céder ou

renoncer à ce dont elle s’éprend. Et bien que tendue vers ce qui se

dérobe, c’est la matérialité des mots, matérialité offerte sans doute sous

la récurrence de leurs rapports, de leurs attaches, comme sous

l’originalité de leurs enchainements renouvelés – formant ainsi un tissu

témoin des métamorphoses de l’originaire – qui s’y trouve engagée,

telle une matérialité sensorielle mobile qui sous-tend cette constante

mutation de la vie : l’éternel retour de l’autre transformé, afin de mieux

avancer dans le fond.

Pretoria / novembre 2022

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Lecture de Dominique Boudou

https://dominique-boudou.blogspot.com/2023/05/maud-thiria-falaise-au-ventre.html

Quand le corps manque de lieux sûrs, le paysage se révèle aussi insécure. Les failles du ventre et celles de la falaise, en leurs remuements sans cesse dépliés et repliés, accouchent du trouble désir « de finir là aux commencements ».

Le lecteur de Falaise au ventre de Maud Thiria, sensible à ce qui le morcelle depuis qu’il est né, éprouve dès les premiers vers un indicible vertige. Quelque chose, sans doute, est mort au creux du ventre « vide et fossile ». Qui empêche de désigner vraiment « le bas pays ». Quelles boues le constituent ? Dans quelles nuits s’enfonce-t-il ? Maud Thiria écrit : « les plis de la falaise / te rappellent aux peaux vieillies / mal aimées / foetus fanés / à flanc de côtes / tes cicatrices et tes parois / ce qui sépare coupe et flétrit / les mots morsures et meurtrissures ».

Le bas pays comme le bas ventre en ses bas morceaux, tout de suies et de suints, de craies et de cris, expriment autant la pierre que la peau dans la houle marine. La roche s’effrite et s’effondre. La peau poreuse, qui n’est pas habitable, porte dans les plaies le sel de la mer qui se retire.

Cette mer qui est aussi un creux. Bas comme la vie est basse quand elle s’éreinte à mettre bas. « corps mangé, émietté / bout de terre membre rongé / et la mer qui creuse encore / jusqu’à l’os / et la mer qui crache encore / des bouts de toi oubliés / roulés là / bâtons rompus », écrit Maud Thiria.

Le lecteur, s’il a un tant soit peu versé dans le marécage de la psychanalyse, pense à une naissance suffoquée avant que d’advenir. Les bouts du corps ne tiendront jamais ensemble. La vie est un avorton gluant dévoré par « la muqueuse des pierres ». Les eaux, qui sait, se seront perdues. Alors la tentation est grande de réunir la mer et la mère dans un même empêchement. Et les mots eux-mêmes sont morts-nés. Comment les coucher pour les dire ?

La question à jamais sans réponse de la langue résonne tout du long du livre. Et c’est bien parce qu’elle n’a pas d’issue que l’auteure la pose. [Les mots bas sont cassés]. Leurs sédiments collent si mal à la peau pour mettre bas. Comment les imprimer au forceps si [la langue ne suffit pas à avaler leur suie ] ? En remontant, peut-être, non pas au commencement de l’humain mais à son origine.

Revenir « en sauvage » et au sauvage, « accoucher encore de la mer qui t’habite » dans la confusion des espaces et des espèces. Retrouver « les branchies d’avant ». Le corps et le paysage, presque sûrs enfin malgré ce qui hante de la mère et de la chimère, ne manqueraient pas de quelque beauté, dans la forme comme dans la langue à inventer. Aux sources lointaines du vivant larvaire, tout au fond des eaux.

Extraits :

chairs

boutures boursouflures

plis et déplis

le ventre en faille

dans l’érosion du temps

tes côtes ne seront plus les mêmes

amputées nues écorchées

là où la mer appelle

sirène

aux cris de ta folie

*

tu voudrais accoucher

de palmes et de branchies

retrouver les fantômes

de tes pieds d’avant

pieds palmés là où la mer monte

ancêtres de pieds

palpitant dans tes creux

métamorphoses pour

avancer

malgré ce qui mord et déchire

Falaise au ventre de Maud Thiria fait  partie des livres dont on peine à se détacher. Un assourdissant silence accompagne longtemps le lecteur après qu’il l’a refermé. Son corps ne va plus de soi, sa mémoire non plus. Ont-ils seulement été enfantés ? Par quelle mère ? Par quelle chimère ? Toutes ces questions-là, avec leur taraud, sur l’établi du vivre.

Courez ventre à terre chez votre libraire et offrez-vous ce recueil à nul autre pareil. Publié aux éditions Lanskine avec en couverture une peau minérale signée Maria Letizia Piantoni, il coûte 14 €.

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TROUÉE, éditions LansKine, février 2022

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©Maud Thiria, photographie de Véronique Lanycia

PRIX RENÉ LEYNAUD 2023

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Texte intime relatant l’expérience vécue d’une forme de maltraitance du corps féminin, Trouée tente de dépasser dans le même temps, qui est un temps infini et indéfini, cette intimité pour en faire une expérience au visage de toutes. Trouée de son moi pour un « tu » d’une humanité sans limites faisant corps face à une violence sans limites. Trouée vers une image d’envol pour respirer dans une dernière vision quand le cou étranglé ne sent qu’un filet d’air. Trouée que seul rend possible le langage poétique, ses rythmes, ses traces et ses signes, pour formuler cet indicible, dans un chant coupé, sur le papier couché comme un corps sur le plancher.

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Très belle note de lecture d’Aurélie Foglia sur Sitaudis

Tentative d’étranglement d’une femme

Qu’écrire, quand l’autre qu’on aimait, dont on se croyait aimée, est devenu votre bourreau ? Qu’écrire quand il n’y a pas de mots ? « Quel mot dire ?/ ta bouche sèche de tout / le vide ne répond plus / de ses mots ». Mot-dire/maudire ne suffit pas. Tout à la fois resserré et troué, répondant à une forme d’urgence et de nécessité, ce livre de poésie, Trouée, tend à reconstituer une scène d’une violence extrême, tourne autour de ce climax, le décrit et le creuse sur le mode de l’horreur brute. Maud Thiria ne peut pas faire autrement que d’en passer par là, puisque personne ne peut faire que ça n’ait pas eu lieu.

Le livre se dé/compose en quatre « coupes » (« en miettes », « vers quel mot tendre », « juste trou », « sans visage »). La violence a coupé cette femme d’elle-même, l’a mutilée de sa voix et hante la mémoire de son corps. L’écriture procède par flashs, images « à la hache », qui traduisent le retour du trauma, sa façon de tourner autour d’un trou noir en essayant d’empêcher que l’être y soit définitivement englouti. La poète parle depuis ce vide central.

Les femmes ont coutume de se taire. La société leur a appris à avoir honte des violences qu’elles subissent, à l’écart de la loi, comme si elles en étaient en partie responsables. Ce sont de ces événements qu’on cache, de ces blessures qui rongent sous la peau : on ne devrait pas. La poésie refuse d’oublier. Il faut du courage, de la force. Trouée est un travail mûri qui est allé au-delà de ses silences, qui s’est fait violence à sa façon pour rendre la violence, qui l’entoure de blancs, qui en est cerné. Il lui en coûte, et pourtant il le faut. Le silence serait encore du côté de l’oppression, de l’étranglement, il en poursuivrait le geste.

On parle beaucoup de violences conjugales. On dirait une épidémie, une mode, les médias relaient. Certains vous disent même qu’ils en ont marre, de ce genre de révélations, qu’il vaudrait mieux étouffer les scandales et qu’on devrait garder pour soi ce qui relève de la sphère privée. Je pense le contraire : il était grand temps que le cri sorte, enfin. Dans ce cas résister, c’est se retenir à des riens, aux pauvres mots troués du langage. La voix qui parle dans le poème n’est pas tant chargée de réparer que de ramasser, de rassembler son propre corps après avoir subi l’innommable. « Brisée mais entière / tu tiens le monde en miettes ».

Car le geste est celui de l’agression sur un corps tombé. La femme gisant au sol n’a plus dans sa gorge que ce trou resserré qui la relie encore, de moins en moins, à l’air et à la vie. Dans ce passage à l’acte, la violence est à son comble. Il y a ses doigts à lui sur sa gorge à elle. C’est une histoire de couple, mais un couple sans dialogue, sans rien. Si la main de l’homme enserre la femme, ce n’est pas pour l’enlacer, c’est pour l’étrangler. La victime s’affaisse sur elle-même, ne lutte même plus, « dans l’évidence des coups », « dans la certitude de la fin » : inutile. L’autre a le dessus, il a la force pour lui, et tout est dit, « du sol où suppliciée / tu t’ancres aux plis des draps ». Elle perçoit le plancher dur sous elle, la vitre sale, quand les dernières sensations se trouvent démesurément grossies et avivées. « Tétanisée », « yeux vitreux », « corps raidi », « bouche ouverte », elle « fait la morte », comme un animal. À travers cette épure, une scène originelle se donne à lire. Les deux protagonistes sont seulement suggérés, hors de leurs particularités physiques ou psychologiques, de même qu’il n’y a pas de mobiles pour que cet homme puisse en venir au bord du crime.

On dit que c’est triste, que c’est malheureusement assez courant, qu’il faut réagir, interdire, mais ça ne suffit pas : il nous faut des témoignages forts, qui disent ce que ça fait à un corps de femme, être, avoir été molesté à mort. Par-delà le pathos, par-delà le drame personnel qu’on devine dans « le métal cuisant des souvenirs / en brèche », par-delà l’indignation morale ou le désir de vengeance, la poète avec le temps a incorporé sa propre mise à mort pour la reconfigurer en œuvre littéraire, désencombrée des noms, des lieux, des dates, des détails.

Je voudrais souligner ici le choix énonciatif de Maud Thiria, l’adresse en « tu », qui est à la fois une parole vers cette victime qu’elle a été, et une parole destinée à qui voudra s’y reconnaître, et y entrer par l’incitation des poèmes. « Tu tête sans visage / au visage de tous », « tu multipliée / échos de sans visages ». N’étant personne, cette bouche ou « boule noire suspendue sur du vide » qui parle est qui veut. « Tu es », déclinent les poèmes de la dernière section, comme s’il fallait redonner forme et unité à cette femme pulvérisée.

L’expérience singulière devient parole tendue et donnée à toutes. Ce dialogue noué par le livre nous requiert profondément, vient nous chercher pour nous rappeler à nous-mêmes et nous faire vivre, depuis nos fauteuils, nos existences tranquilles ou meurtries, un acte inacceptable. Ces textes gorgés de douleur physique sont autant de coups qu’on prend. La poésie y procède à l’effacement du fait divers sordide, la tentative d’étranglement, pour en faire plus largement un récit intemporel, actuel mais aussi désancré du moment, destiné à représenter l’atteinte au corps féminin, tant dans ses fonctions vitales que dans ses pouvoirs de création.

Car la tentative d’étouffement d’une femme, c’est aussi, ne nous y trompons pas, la tentative d’étranglement de sa voix. Le poème ne peut plus s’écouler qu’avec peine, avec ses sursauts entrecoupés : « en toi / cette langue morte ». La main qui empêche le souffle comprime aussi le cri de l’écriture : « étouffant / ton souffle / haché saccadé / tu abattue à la hache ». « Toi », la « trouée », tu es la « pas / encore / morte », la « mutique mutilée » : celle qui cherche « dans la cage imprimée de ses doigts », à « devenir trou / pour respirer » ne le peut vraiment que par l’écriture. En elle la femme se redresse, rendue à sa capacité de parole.

À travers le rappel d’un vécu insoutenable, Maud Thiria met en scène cette voix empêchée, étranglée, qui fut celle des femmes à travers les siècles, tombées sous le coup d’une fatalité sociale, sexuelle, qui se montra presque toujours mauvaise, voire meurtrière pour elles. Les éditions Lanskine ont su accueillir cette voix, parmi des voix féminines qui portent, dans le champ contemporain. La poésie offre ici un mode de récit qui remue un drame intime mais aussi partageable, et partagé par de nombreuses femmes tues, muettes, à qui un jour on a définitivement coupé la parole. L’oiseau en couverture revient comme celui qui sait crier, qui sait restaurer l’intensité libre du cri : « et tu serais / leurs cris / ne serais plus / que bec perçant / le silence / trouée dans l’air ».

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Très belle note de lecture de Gilles Jallet sur Poezibao

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2022/03/note-de-lecture-maud-thiria-trou%C3%A9e-par-gilles-jallet.html

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PRIX INTERNATIONAL DE POÉSIE FRANCOPHONE YVAN GOLL 2021

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« Et le poème de Maud Thiria, par sa forme et ses motifs récurrents, dit bien cette obstination à bâtir solidement, coûte que coûte, au prix d’efforts constants. Blockhaus est un travail de longue haleine, une forme de résilience hautement active : « et ça te reste au fond de la gorge/comme un tuyau te permettant de respirer/blockhaus cette longue respiration en toi ». Prise d’air profonde, souffle premier, élan vital – tout ce qui, de manière irremplaçable, dessine une identité unique : « ton trésor de guerre ».
Blockhaus ne résonne pas seulement longtemps à l’oreille. Si les poèmes de Maud Thiria forment un vaste et efficace dispositif acoustique, les encres de Jérôme Vinçon, en regard, donnent à palper de l’œil l’épaisseur, la densité des images mentales suscitées. Par la force du geste, il figure un paysage intérieur lourd et mouvementé à la fois, mobile, plastique, résolument au travail. »

Florence Saint-Roch, extrait de Abriter le bloc d’os, Terre à ciel, avril 2021

« En redessinant les contours du blockhaus dans une suite de strophes et d’échos, le livre, dans un renversement ultime, devient maison. Objet de peur, lieu d’envol, poli au fil du temps dans la mémoire et le cœur du poète, le blockhaus finit par être lui-même renouvelé dans le corps de sa langue. »

Aude Pivin, extrait de Souvenir du lieu qui sauve, remue.net, janvier 2021

« Un mot unique peut-il contenir à lui tout seul un univers d’écriture ? Peut-il à lui seul contenir un être tout entier et son langage ? À lire Blockhaus, le dernier recueil de Maud Thiria, il semble bien que oui. Toute une enfance se trouve en effet ici rassemblée, dans ces deux syllabes qui font bloc pour n’en former qu’un : Block/Haus//Blockhaus. Deux syllabes qui témoignent d’une terre dévastée, une « terre lorraine » meurtrie par un passé sanglant. Deux syllabes pour un mot unique, fiché en pleine mémoire d’enfance de la poète. Ainsi que dans sa chair d’adulte, Blockhaus, bloqué là, muscles et os formant rempart aux émotions et à la vie. Un bloc qui s’immisce en « cheval de troie ». Et qui cible au plus intime. Jusqu’à ne plus faire qu’un seul corps avec la poète. »

Angèle Paoli, extrait de La forge nourricière de Maud Thiria,Terres de femmes, octobre 2020

« Corps de bataille et de gouverne comme reconquête, dernière guerre livrée dans l’arbre en signature à la maladie de vivre, don intergénérationnel du portage au partage du muscle et de l’os légué au poème comme « trésor de guerre » d’une haute inspiration embrasant depuis la fin le début, ce livre étincelant le dit, à lire en intraveineuse et placer sous la langue de ceux qui en des formes closes impénétrables sur leur lit de mort d’un blockhaus nous précèdent arrivés vivants dans la lumière. »

Carole Darricarrère, extrait de Postface à la maison des morts, Sitaudis, septembre 2020

« On le voit, le parti pris par le livre de Maud Thiria, a quelque chose de profond et d’ambitieux. Touchant à ce qui, dans le temps long des choses, nous construit. Ce que vient d’ailleurs souligner la belle page de remerciements qui commence par évoquer ses « ancêtres lorrains, les enfermés en forteresse, les peintres verriers dont [elle dit suivre] la lignée d’ombre et de lumière ». »

Georges Guillain, extrait de Devenir blockhaus, Les Découvreurs, septembre 2020
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