Éditions Æncrages and Co

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« seul le mot blockhaus te contient

sa radicalité étrangère où te ressourcer

de langage »

Maud Thiria, extrait de Blockhaus, illustré par Jérôme Vinçon, Éditions Æncrages & Co, Collection Ecri(peind)re, septembre 2020


mesure au vide

 

« inscrire
le ciel qui passe
le décor dénudé du monde
la peau rugueuse des arbres
et la douceur des mousses
dessous
ce qui parfois la rendrait proche
encore

tes mains
et les mots qui leur glissent des doigts
avant le froid »

Maud Thiria, extrait de Mesure au vide, illustré par Jérôme Vinçon, Éditions Æncrages & Co, Collection Voix de chants, novembre 2017

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Article paru dans Décharge no 186, juin 2020

Florence SAINT-ROCH

Se mettre à la page

À propos d’un poème de Mesure au vide, de Maud Thiria, Æncrages & Co, 2017, avec 4 clichés typographiques de dessins de Jérôme Vinçon.

Les pages de Mesure au vide, à l’image de tous les ouvrages parus dans la collection « voix de chants », ne sont pas numérotées (un comble pour notre petit exercice désormais bien rodé), et ne sauraient l’être : « Tu reconnais l’espace de la page/au silence », nous prévient Maud Thiria ; la page blanche doit être exempte de tout signe, absolument vierge et disponible, laissant ainsi le chant libre. Parce qu’en effet, Mesure au vide est un chant ; son rythme, ses reprises et variations très musicales portent une poésie qui toujours se reprend, se creuse, se précise, sans jamais se satisfaire.

Ce premier recueil publié de Maud Thiria aborde sans détour la question essentielle : celle qui touche aux fondements de la démarche poétique, et, plus largement, de tout processus créateur. La ténacité y est de mise, car s’il faut commencer, rien n’est jamais acquis, et sans cesse il faut veiller à revenir aux commencements mêmes, d’où, sous la plume de Maud Thiria, ce retour fréquent des mots et des images, ces recouvrements de sens figurant les plis et déplis d’une langue toujours au travail – en train d’œuvrer à sa propre naissance. Nulle épreuve plus radicale que celle qui consiste à faire part au vide, à ce blanc de la page où tout est à inventer. La création ex nihilo suit une trajectoire dont le recueil transcrit l’évolution, « se mesurer au vide », dans les premières pages, devenant « et alors le vide se mesure à toi » dans les dernières. Partir de rien, c’est se mettre de côté, accepter de se laisser habiter totalement par l’œuvre à venir. Le poète, le peintre ou le plasticien (Maud Thiria, qui est tout cela à la fois, est de connivence avec Jérôme Vinçon) n’est en situation de créer que s’il se transforme au prix de traversées, d’approfondissements, de confrontations multiples : à tu et à toi avec ces mouvements intimes, la poète, s’adressant à elle-même comme à tout artiste, dit la nécessité d’apprivoiser le noir dans [s]a nuit , de déjouer sa part d’ombre ; ce faisant, chacun accède à sa juste place, et naît, comme aux temps de la Création des Origines, dans [s]a poussière. Créer est une façon de donner chair au vide en [s]oi. Sachant que tout créateur demeure ineffaçablement une créature, l’aventure artistique est une leçon de modestie ; nous ne devons jamais y perdre le sens de la mesure : la nôtre.

veiller à faire part

au vide

devenant toi

noir dans ta nuit

ombre dans ta poussière

donner chair au vide en toi

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Article paru dans Beaux-Arts Magazine, juin 2018, Rubrique recensement pour le marché de la poésie

Capture d’écran (103)

 

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Très belle note critique de Jean-Michel Maulpoix dans Le Nouveau Recueil du 27 mars 2018.

« Tu reconnais l’espace de la page / au silence ». Sur ces mots s’ouvre « Mesure au vide », poème de Maud Thiria accompagné d’encres de jérôme Vinçon, publié par les éditions Aencrages & Co.

C’est d’une avancée attentive et précautionneuse que nous suivons les pas de page en page, dans ce silence que les signes explorent « comme on recouvre un nouveau-né de drap », « comme on signe un corps défunt mis en terre » : le lent tracé du langage, les gestes de ses « mots aux mains multiples », à la recherche d’une présence vive quoique mesurée au vide même qu’ils affrontent.

Dans ce premier livre, Maud Thiria se tient face au paradoxe de l’écriture qui fait que les mots semblent se tendre comme des mains, en direction d’un corps, désireux de présence, mais qu’ils ne livrent jamais rien de réel, hormis leur propre tracé.

A travers des suites de vers brefs, l’écriture procède par tronçons qui tout à la fois scandent la pensée, la tendent et la propulsent. Cette parole poétique observe les mouvements de l’encre, fixe avec obstination son objet, sans s’écarter, sans se laisser détourner ou divertir : elle se mesure au vide qu’elle traverse. Elle dit le furtif, l’impondérable, ce qui d’un même mouvement se donne et se dérobe, puisque telle est la langue qui tout à la fois recouvre, fait paraître, et éloigne ce qu’elle désigne. Mais elle en vient surtout, à travers le jeu silencieux du langage, à voir le vide lui-même, tel qu’il se creuse en nous, tel que l’écriture le combat et tel que les mots ricochent en lui.

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Sélection de La Nouvelle Quinzaine Littéraire no 1190 (16 mars 2018)

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Article d’Angèle Paoli sur Terres de femmes

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2017/11/maud-thiria-chercher-%C3%A0-prendre-corps.html