Christian Gardair

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L’ÉVAPORÉ DES LABOURS

Tu guettes encore le soir
les souvenirs avançant lentement
que te reviennent leurs traces
lignes de fuite en sillage dans l’air
signes du temps sur la peau et la terre
que tu déposes à présent
à l’os saillant de ta main
en sillons d’eau et de matière –
retiens l’évaporé des labours
leurs lueurs de passage
par tes filets de nuit
dans l’échappée.

© Maud Thiria, in Sillage/Sillon / © peinture Christian Gardair

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L’INFINI DE VOS TRACES

Ceps noueux, alignés sur un horizon d’air, je me penche un instant non pas sur vos lignes de troupe bien rangées ni sur vos lignes de fuite distillées mais sur votre socle en terre, vos déformations et vos rides, ce qui nous rend proches un instant.

Pieds de vigne qui promettent la récolte, si noueux et déformés que j’aime, à vous voir, penser que de cette fragilité naissante et de cette force osseuse jaillissant de la terre viendront les grappes bénies, gorgées de soleil et d’eau, que l’on ramassera à pleine main avant de les écraser les pieds nus.

Comment le difforme et l’osseux, moignons sortis de terre, peut-il donner autant de fruits ? Comment ces fruits en grappes bien formées – comme l’étaient avant elles les alignements de ces vignes en troupes de combat – ont-ils bien pu pousser sur le sec et l’osseux, le long des coteaux rocailleux où dévalent nos souvenirs comme le vin coule à flot ?

Buvons à cette heure avant de retrouver la terre, nos corps aussi noueux que ces pieds de vigne qui nous guettent, à l’ombre des coteaux, exposés, repliés, à sec et bientôt morts. Trinquons aux récoltes à venir en nos mains pleines, tendues vers le ciel qui est comme une promesse à nos verres vides.

L’œil n’a pas fini de faire des bonds le long de vos traits à l’infini, abreuvant le paysage de lignes giclées. La main n’a pas fini de suivre l’infini de vos traces, d’encrer vos sillons sur la toile du temps qui passe. Et moi, de passage, entre les lignes, je m’attache à ne voir que vos pieds difformes et ombragés, puisant pourtant la force obscure de donner.

© Maud Thiria, in Vigne(s) / © peinture Christian Gardair

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SUR LES TRACES DE L’EAU

Vibrations de l’instant, ruisselantes, appelantes, consentantes à rejoindre et retrouver l’ailleurs,
Cet ailleurs oublié et au-dedans de soi, cet ailleurs morcelé par le poids de l’absence et ouvert à la voix qui le cherche en errance.
Je vais le long du fleuve sur les traces de l’eau, aux murmures de l’onde et en échos du monde souterrain qui l’habite, et secret qui l’abrite. J’attends, j’entends cet air qui se lève et puis monte de ces cris de la nuit au silence qui s’enfuit.
Est-ce de l’air du silence que je frémis autant par les grains de la peau et les pores en éveil et que le fleuve s’agite dans les remous de l’eau et les caillasses épaisses qu’il charrie au soleil ?
Est-ce cet air de l’enfance qui remonte les années et dit, redit encore ce qu’il reste de contes et de berceuses dorées dans un monde effaré ?
Vibrations de l’instant, ruisselantes sur ma peau, notes bleues et brunes du fleuve, la nuit, un chant liquide, une caresse d’eau et d’ombre déposée en mouvements sur les rives comme empreintes qui ouvrent et qui traversent, de l’envol de ces ondes, ce qui était trop sec pour l’argile à creuser.
Oui creuse et creuse encore, marque de ta musique, et le ciel refermé par des dieux trop moqueurs et l’humus encore tendre pour ton archet graveur, un air que tous entendent qui transperce les murs, un air qui brise le temps et ses pierres les plus dures.
Transperce-moi jusqu’à l’os ! Que se réveille le chant enfoui sous mon écorce !

© Maud Thiria, poème pour Christian Gardair, 2012

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PEINDRE AU BORD DU MONDE LE MIROITEMENT DES ONDES

En hommage à Christian Gardair, son exposition Miroitement(s), Paris, décembre 2015

Du scintillement du monde
au miroitement des ondes,
guetter encore,
patiemment,
des lueurs comme des taches,
reflets des âmes
et des lames
de fond et de couteau,
surgies là,
le long de la vague,
des bas-fonds,
creuser du regard
le sable et plus bas,
la vase et plus bas,
plus bas que terre,
et, les mains engluées,
noir pétrole,
chercher les couleurs perdues,
saisir encore leurs traces,
leurs lumières frêles
dans les senteurs nocturnes du fleuve,
sentir au bord de soi,
au bord du monde,
ce miroitement des ondes
brillant de tous leurs feux
– encore –
et, passant là,
sentir les bruissements du vent
dans les feuilles
dépeuplées des arbres nus d’hiver
et les remous du fleuve brun et fauve la nuit,
et peindre, peindre encore,
vivant et acharné,
ce qu’il reste de lueur
dans l’air,
ces miroitements de métal
lourds à faire tomber les ponts,
cliquetis des mâts
et des cœurs amarrés là.

© Maud Thiria / peinture Christian Gardair

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